
Pascal Prince, member of the Gernika Network writes in the number 72 of the magazine Impact. Jura, Canton of Switzerland.
Euskal Herria (Pays basque) subit une pénible usurpation de démocratie avec un changement de régime politique suite aux dernières élections dans la partie méridionale sous juridiction espagnole. L'union " sacrée " du Parti Populaire (franquiste) et du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol est une finalement une sacrée union!
Pires ennemis dans toutes les autres parties de l'Espagne, cette mise en commun des forces politiques si opposées démontre à ceux qui croyaient naïvement que l'Espagne était démocratique qu'elle ne l'est pas du tout. L'interdiction systématiques de tous les partis indépendantistes basques ou l'interdiction de se présenter pour n'importe quelle excuse (par exemple d'avoir signé une pétition pour le rapatriement des prisonniers politiques basques en… 1990 !) aux basques les moins politisés est si absurde qu'il ne faut pas s'étonner du regain de tension dans la région.
La victoire officielle des loyalistes espagnols s'est réalisée à cause de la non-reconnaissance de 15% de bulletins " non-valables " mentionnant des candidats interdits par une justice 100% partiale et sous la botte du gouvernement si peu démocratique de M. Zapatero. L'infime différence de majorité, qui est plus théorique d'ailleurs que réelle, sera d'autant plus difficile à gérer. Malgré une victoire en terme de votes, le Parti National Basque (PNV, autonomiste voire indépendantiste en fonction des intérêts) qui a dirigé le pays depuis plus de 30 ans, se voit désormais évincé du pouvoir suprême suite à l'alliance des pro-espagnols du PSOE et du PP. Il paie cher ses louvoiement ayant souvent collaboré avec les partis loyalistes tout en s'assurant régulièrement le soutient des indépendantistes. Il avait tenté de réaliser un vote d'autodétermination l'an passé, mais Madrid l'en avait empêché.
Si évidemment le pouvoir semble temporairement aux mains des loyalistes, ce pourrait bien être une victoire à la Pyrrhus (gagner pour mieux perdre, si vous n'aviez pas compris, ou pour en savoir plus, relisez vos bouquins de stratégie militaires…Quoique aucun Bélier ne devrait être en possession d'un tel article !). Cet échec des indépendantistes pourrait en effet enfin les fédérer, les faire oublier leurs différents sur les choix politiques que devra prendre un état basque une fois l'indépendance conquise. Ces choix ne devraient se faire qu'une fois l'indépendance achevée. Les nombreux tentatives d'unification des mouvements séparatistes ayant échouées jusqu'ici devraient être autant de leçons à analyser.
À l'image de ce qui s'était passé au Québec, lorsque le Parti Québecois avait perdu de manière historique les élections, cette petite période de purgatoire a assainit les idéaux pour qu'ils se recentrent sur l 'essentiel. Quatre ans plus tard, le PQ fêtait sa plus forte réussite de toute son histoire…
Les Basques verront donc aussi à quel point les options " madrilènes " des partis au pouvoir leurs sont négatives. Et je suis prêt à parier gros sur une victoire des indépendantistes aux prochaines élections s'ils arrivent enfin à s'unir autour de l'option de l'indépendance.
Cette union est d'autant plus nécessaire que l'intransigeance du gouvernement espagnol s'enfonce dans une dynamique répressive. Des arrestations toujours plus nombreuses, atteignant une paranoïa digne de la série " Le prisonnier " ! On a déjà arrêté deux numéro 1, cinq numéro 2, douze numéro 3 de l'ETA, et s'il n'y avait pas des vies en jeu, ce pourrait être folklorique. Mais les 750 prisonniers basques actuels devraient réveiller les consciences sur la dérive espagnole. Car aujourd'hui, en 2009, il y a plus de prisonniers politiques basques que du temps de la dictature franquiste !
Délemont, Jura, 4th April 2009



